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vendredi 27 juillet 2007

20°C, 48% d’humidité relative

Si ces chiffres ne disent rien de bon pour les juillettistes et les aoûtiens, il sont idéaux pour la conservation des photographies de Léon Gimpel. En préparation de l’exposition "Les libertés visuelles de Léon Gimpel" qui ouvrira en février 2008 au musée d’Orsay, 103 autochromes et 92 plaques de projection ont été restaurées et acheminées dans les réserves de la rue de Lille. Elles ont ensuite été constatées soigneusement et seront reproduites sous peu pour les besoins éditoriaux, mais également pour être projetées dans les salles lors de l’exposition. Pas de répit donc à la SFP et au musée d’Orsay pendant la période estivale…

Illustration: Anne Pouchelon, Carole Troufleau et Élodie Texier Boulte contatant les plaques de Léon Gimpel après leur transport au musée d'Orsay, 26 juillet 2007 (cliché Gervais).

vendredi 13 juillet 2007

La critique sans trophée

Pour qu’un artiste en vienne aujourd’hui à partir à la chasse, c’est qu’il doit avoir en tête (on pense à Jean Renoir) que quelque chose de l’époque traîne dans les fourrés. C’est l’automne, les bois sont encore secs, une structure de béton barre les troncs élancés, les chasseurs s’affairent sans excitation, un chien roux au collier jaune fume de son poil mouillé, un type fait face sans héroïsme… La chasse a au moins un mérite, celui de gager tout éventuel bénéfice obtenu sur la sophistication de son instinct. Connaissance du terrain, du maniement des armes, du dressage des chiens, des rituels saisonniers et j’en passe. La chasse, n’en déplaise aux propriétaires de belles demeures laissées en héritage, ne gagne rien à être intellectualisée. En ce début d’été, l’exposition de Christophe Bourguedieu au Point Éphémère à Paris (200, quai de Valmy, jusqu’au 4 septembre), propose une série de vues de chasse réalisée pour Image au Centre, et forme la métaphore du rapport de la critique à la photographie contemporaine. Entendons que cette dernière s’obstine à ne pas se laisser penser avec les armes rouillées de la critique d’art et met le commentateur au défi de réfléchir ses instincts. En bref, l’oeuvre de ce photographe, et cela de manière emblématique, oblige à reconstruire les analyses dans l’expérience d’un rapport sensible aux images. Le problème de cette remise en jeu, c’est bien que la photographie a été approchée de la manière la plus désolante sur un mode instinctif (les photographes étant main dans la main avec la critique journalistique). Que les meilleures analyses dont nous héritons soient celles d’intellectuels vieillissants (disons Barthes et Sontag), précisément épuisés par les promesses de la théorie, indique qu’il faut être près de la fin pour consentir à l’émotion de l’intelligence. En quittant l’exposition de Bourguedieu, on a donc le sentiment de rentrer bredouille, sauf à avoir compris un certain trait d’époque.

A noter que la Vitrine de la SFP exposera à partir du lundi 16 juillet une oeuvre de Christophe Bourguedieu, et qu’un livre consacré à ses Passagers sortira en octobre aux Éditions du Point du Jour (cliché: Christophe Bourguedieu).

mardi 10 juillet 2007

Vive la Reine!

image Le meilleur aux Rencontres d'Arles, comme chacun sait, ce sont les rencontres. L'effet festival qui fait qu'on croise plus de connaissances (et qu'on règle plus de dossiers) en deux jours à Arles qu'en deux mois à Paris. Rien de neuf, mais tout de même, ça fait réfléchir sur les contraintes de la géographie...

A part ça? Le coeur du festival s'est manifestement déplacé. Il est assez amusant de constater, alors que le choix de la pittoresque cité des Bouches-du-Rhône devait beaucoup à son côté vieilles pierres, que les expositions ou les événements les plus courus quittent progressivement le centre-ville et migrent vers sa périphérie. A l'est, ce sont évidemment les anciens ateliers de la SNCF qui attirent les visiteurs, avec les expositions India, China ou les portraits politiques. A l'ouest, ce sont la rue de la République et la rue de la Roquette qui étirent vers les quartiers populaires la "plus belle nuit", suite de projections de rue qui réunit jusqu'à plus d'heure tout ce que la ville compte de festivaliers. Dans les deux cas, on a changé de décor (voir illustration). Le théâtre antique, laissé à Lou Reed, ou la proximité des arènes, occupée par la Bibliothèque nationale avec l'expo Atget, ont pris un coup de vieux.

Aux ateliers justement, on trouvera ce qui est peut-être la meilleure exposition du festival. Une exposition sans commissaire, livrée clés en mains par Buckingham Palace (et l'agence Camera Press), qui déploie avec une intensité sans pareille les problématiques du portrait et de la représentation du pouvoir. Soit Elizabeth Alexandra Mary Windsor, né en 1926, promise au trône d'Angleterre. On en découvre les images, de l'enfance à l'adolescence, sans différence sensible avec une roturière contemporaine. Puis, brutalement, à 26 ans, le couronnement. Et l'on voit d'un coup un individu de chair et de sang basculer dans le monde glacé de la représentation, passer de l'autre côté du miroir, entrer dans son portrait. Quatre-vingt années de vie, près de soixante années de règne, suivies à la trace, religieusement enregistrées par les gardiens du temple. Avec la surprise de retrouver quelquefois un soupçon de vie, un peu de gaieté derrière la façade lisse du protocole. Les portraits tendres et ironiques de Cecil Beaton montrent qu'il est encore possible, pour un archéologue patient, de ramener à la surface quelque chose de l'humanité de son sujet. Avec le dernier portrait de mamie Elizabeth, se referme une vie qui n'aura servi à rien d'autre qu'à faire exister une image. Quel artiste pourra jamais se mesurer avec une oeuvre aussi exceptionnelle?