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lundi 31 janvier 2011

Entretien Karim Kal / Michel Poivert

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Karim Kal. Images d'Alger 2002. TDR.
in Karim Kal. Perspective du Naufrage, textes de M. Poivert, Patrick Chamoiseau, Ed. Adera, 2010.



Vous êtes cordialement invités au prochain entretien du cycle de conférences SFP, le :

mercredi 9 février

à Institut national d’histoire de l’art, 2 rue Vivienne, 75002 Paris

Salle Vasari

de 18h à 20h (entrée libre, sans réservation)

'En 2010, Karim Kal avait titré son exposition au musée urbain Tony Garnier à Lyon : « Les Déclassés – Alger, Cayenne, Evry », réduisant ainsi une diversité géographique au dénominateur commun de l’identité sociale. Cette diversité est aussi historique, elle dessine la carte du naufrage de l’empire colonial français depuis la seconde moitié du XXe siècle. Ou, tout du moins pour l’instant, certains des territoires où les Naufragés se sont installés, rejoignant dans leur histoire singulière la figure universelle des Vaincus. Toute l’œuvre de Karim Kal ouvre la perspective d’une nouvelle géographie humaine, par le reclassement des valeurs politiques et esthétiques selon un renversement de point de vue. Dès 2002, Vues d’Alger est l’œuvre qui contient la puissance spéculative d’un départ à partir du point même de son arrivée: Karim Kal, fils d’Algérien et de Française, né en Suisse, devient le frère d’arme des Naufragés.'
Michel Poivert. Extrait de "Karim Kal. Perspective du Naufrage'', Ed. Adera, 2010.

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Karim Kal. Gaïdi. série Les miroirs, Evry, 2009. TDR.
in Karim Kal. Perspective du Naufrage, textes de M. Poivert, Patrick Chamoiseau, Ed. Adera, 2010.

http://karimkal.neverblind.eu/

vendredi 21 janvier 2011

Eric Poitevin, l'homme naturel

L’exposition d’Eric Poitevin à la galerie Nelson Freeman suscite de nombreuses réflexions, tant cette œuvre, au fur et à mesure du temps, s’impose comme l'une des plus solides qu’il est donné de voir. Et qu’elle aborde l’un des grands sujet de l’époque: la nature. Devant les agencements d’images de corps aux frontières interrompues parfois, où la nudité – dans la suite des nus couchés de 2004 exposés au Plateau – est traitée sous une forme qui parvient à congédier les stéréotypes sans pour autant réduire la représentation à la singularité intime, le spectateur renouvelle son expérience de la relation aux Autres autant qu’à lui-même. La ponctuation dramatique instaurée par les crânes dans ces montages ou installations murales vous plonge sans ménagement dans une méditation sur la vanité de l’existence, ce à quoi l’œuvre de Poitevin nous a habitués depuis ces débuts. Le plus marquant dans ces assemblages d‘images est la présentation d’animaux, qu’il s’agisse du chevreau ou de l’anguille (figure du sacrifice, de la maternité, de la pénétration érotique ?) qui, en s’ajoutant aux crânes, à la question des âges de la vie (les modèles les illustrent) amplifie la dimension allégorique. A l’étage, l’impressionnant face-à-face des vues de forêts disposées tout hauteur comme des panneaux de paravent dialoguent avec deux diptyques scindant le branchage d’un arbre nu sous la neige. Au-delà des évocations japonistes, la notion de saisons, le rapport de la terre et du ciel, l’analogie des branches et des bois de cerf que l’artiste aime à photographier (le thème du trophée de chasse est central chez lui), on se souvient que les lieux fréquentés par Poitevin dans le nord de la France sont ceux qui ont été transformés par les batailles de la première Guerre mondiale, et qu'ils constituent une sorte de mémoire de l‘Histoire.

Ainsi, de l’étage au rez-de-chaussée, l’exposition établit la continuité de l’homme et de la nature. Cette question est anthropologiquement fondamentale dans les sociétés, elle n’a pu être réglée tout à fait par les théories du totémisme dont Claude Lévi-Strauss fit la critique. Elle est ici au centre de l’exposition – et peut-être de toute l’œuvre d’Eric Poitevin – comme une conjuration du dogme chrétien de la discontinuité de l’homme et de la nature.

Pour découvrir l’artiste en vidéo

lundi 17 janvier 2011

Hourra, ''Le Monde'' m’a tuer ! ou Ce que ''Le Monde'' narre.

Un vrai cadeau de Noël : dans son édition parue le 25 décembre dernier, le quotidien Le Monde (daté du 26 décembre 2010) faisait paraître un article sobrement intitulé : "Le calotype, somptueux échec", relatif à l’exposition "Primitifs de la photographie" qui ferme aujourd’hui ses portes à la Bibliothèque nationale de France (site Richelieu). On aurait tort ici de bouder son plaisir à la lecture de cette critique dont la perfidie tient dans l’ambigüité d’un titre dont on ne sait s’il porte sur l’objet de cette exposition ou sur sa forme.

Globalement, si la journaliste reconnaît la pertinence du sujet et semble en avoir saisi l’essentiel – le paradoxe d’une technique éphémère et élitiste qui donne naissance à quelques unes des icônes de l’histoire de la photographie – elle reproche à sa mise en forme d’une part une approche "sociologique", centrée sur les usages et découpée en "petits chapitres" mêlant chefs-d’œuvre et images secondaires, et d’autre part la lourdeur d’une "érudition" se traduisant par des cartels "interminables"… l’exposition ne prenant sens que dans sa dernière partie consacrée à la création, où éclate enfin "la qualité formelle des œuvres"… Las !

Mais ne devrions-nous pas, en tant que co-commissaire de cette exposition, nous flatter de nous retrouver ainsi gratifié, puisque ce texte ne fait que traduire de la part du Monde une doctrine pour le moins invariable et qui consiste en matière de photographie du XIXe siècle, à défaire presque systématiquement toute proposition scientifique. On pourra même se féliciter de se trouver ici en compagnie de tous ces projets éditoriaux ou muséographiques qui depuis plus de dix ans ont marqué durablement l’histoire de la discipline en France : l’exposition "Gustave Le Gray" (Bibliothèque nationale de France – 2002), "Le Daguerréotype français, un objet photographique" (Musée d’Orsay – 2003), "L’Utopie photographique" (Maison européenne de la photographie – 2004), "Eugène Atget" (BnF – 2007), "L’art de la photographie" (Éditions Citadelles et Mazenod – 2007), pour ne citer que les principaux. Chacun de ces projets s’étant trouvé éreinté sous la plume de Michel Guerrin en son temps (il est aujourd’hui responsable des pages Culture du quotidien) ou par d’autres*, comme Claire Guillot aujourd’hui, instrumentalisant tantôt Sainte-Beuve, tantôt d’obscurs scientifiques, toujours sur le même motif : foin de la "sociologie", foin des usages, foin de ces conceptions "marxisantes" pervertissant une histoire de la photographie canonique qui doit se constituer uniquement sur les chefs-d’œuvre et les maîtres, lesquels se passent d’explications et plus encore d’une érudition toujours pesante. Hors de la sacralisation, point de salut : invariance d’un thème qui ne veut, ou ne peut tout simplement, considérer l’histoire de la photographie que comme un art intemporel et nie l’évolution d’un domaine qui appelle la définition d’une histoire culturelle. Une permanence dans la critique qui jette le discrédit sur toute autre vision de la photographie que celle qui trouve en ces pages un écho bienveillant, au risque de voir ici l’ombre inquiétante du conflit d’intérêt. Mais est-ce seulement possible ?

Évidemment la presse est fondée à émettre un point de vue critique auquel il est toujours complexe de répliquer, car comme l’écrivait déjà André Gunthert en 2003 à propos de l’Affaire Tournesol, cette réaction est interprétée "au mieux comme un réflexe corporatiste, au pire comme une tentative des moins talentueux de s’exonérer d’un évaluation critique cruelle". Que la journaliste du Monde confonde dans un même mouvement érudition, projet scientifique et ambition pédagogique, n’est pas le plus inquiétant. Au-delà de cette méprise circonstanciée se pose une question de fond dont Le Monde ne peut visiblement pas prendre la mesure en matière de photographie et dont sa prise de position plus idéologique que critique n’est qu’un des révélateurs : peut-on trouver en France un regard critique argumenté sur des projets scientifiques dans le domaine** ? Au moment où la Mission pour la photographie lancée au printemps 2010 par le Ministère de la Culture semble encore s'interroger sur ses moyens comme sur ses buts, force est de constater que ce joli petit monde de la photographie est loin de réunir les conditions d’une saine émulation et que rien ne semble devoir éviter le clivage et l’anomie vers lesquels on se dirige. On ne peut assurément demander aujourd’hui à un journal comme Le Monde en matière de photographie d'accompagner un mouvement que d'autres pays nous envient. L'alarmant n'est pas tant cette critique, qui ne peut être finalement évaluée qu’à l’aune du rétrécissement d’un espace critique inversement proportionnel à la multiplication des offres. C’est l’idée qu’article après article, sous quelque plume que ce soit, ne semble s’exprimer qu’une seule voix au Monde… mais quelle est cette voix ?

(*) Concernant les événements précités on pourra consulter les articles suivants : Emmanuel De Roux, "Le génie de Le Gray éclipsé par ses biographes", Le Monde, 2 avril 2002 ; Michel Guerrin, "Les premiers pas photogéniques du daguerréotype", Le Monde, 5 juin 2003 ; Michel Guerrin, "Anonymes et amateurs entrent au musée", Le Monde, 2 décembre 2004 ; Michel Guerrin, "Atget, l'artisan cache un artiste", Le Monde, 31 mars 2007 ; Michel Guerrin, "Etrange histoire de la photographie", Le Monde, 9 novembre 2007.

(**) Par contraste on observera par exemple, sur la même période, le traitement réservé à l’art du XIXe siècle et qui permet aujourd’hui au musée d’Orsay d’offrir une rétrospective des plus stimulantes sur Jean-Léon Gérôme (Cf. Philippe Dagen, "Gérôme, le peintre qui maudissait l'art moderne", Le Monde, 24 octobre 2010). Pour un point de vue éclairé sur la question photographique on consultera à profit le dossier consacré à la question par L'Œil en novembre.

lundi 3 janvier 2011

Programme du cycle de conférences SFP 2011

Nous tenons à vous informer que suite à la fermeture, par mesure de sécurité, de l'auditorium de la Maison européenne de la photographie, le cycle d'entretiens / conférences proposé par la Société française de photographie aura lieu cette année en partenariat avec l'HiCSA et se tiendra à :

l’Université Paris I Panthéon-Sorbonne
(Institut national d’histoire de l’art, 2 rue Vivienne, 75002 Paris).

Salle Vasari

de 18h à 20h (entrée libre, sans réservation)

Vous êtes cordialement invités à la prochaine conférence le :

Mercredi 5 janvier 2011

Exposer la photographie ancienne : retour sur l'exposition "Primitifs de la photographie: le calotype en France, 1843-1860"
par Paul-Louis Roubert (Université Paris VIII / Société française de photographie)

Fruit d'une collaboration inédite entre la Société française de photographie et la Bibliothèque nationale de France, l'exposition "Primitifs de la photographie" qui se clôture le 16 janvier à la BnF (site Richelieu) revient sur la courte mais fleurissante carrière du calotype et plus largement du négatif papier en France au milieu du XIXe siècle. C'est ainsi l'occasion de faire le point sur près de trente ans de recherche sur la photographie ancienne et de s'interroger sur les méthodes concourant à son exposition.

Commissaires : Sylvie Aubenas, directeur du département des Estampes et de la photographie, Bibliothèque nationale de France et Paul-Louis Roubert, maître de conférences université Paris VIII et président de la SFP.

Prochaines conférences :

Mercredi 9 février 2011
Karim Kal, invité par Michel Poivert (Université Paris I)

Mercredi 9 mars 2011
Regina Verserius, invitée par Larisa Dryansky (Université Paris I)

Mercredi 13 avril 2011
Yo-Yo Gonthier, invité par Marc Aufraise (Université Paris I) et Dagara Dakin

Mercredi 11 mai 2011
Raphaël Dallaporta, invité par Garance Chabert (Société française de la photographie)

Mercredi 1er juin 2011
Sammy Baloji, invité par Christine Barthe (Musée du Quai Branly) (SOUS RESERVE)