Cette figure s’est imposée à l’Occident comme une forme de l’aliénation. La réalité est plus nuancée aujourd’hui, mais pour Ghazel la femme en Tchador est bien autre chose qu’une figure recueillant la compassion ou la critique occidentale. C’est avec humour qu’elle l’anime, lui faisant accomplir des actes faussement héroïques mais aussi les gestes les plus quotidiens. Singulièrement, la femme en tchador fait du ski nautique, va aux toilettes, rejoue une scène d’actualité, boxe… et tout devient burlesque.

Le ressort est d’une efficacité constante, le personnage sans visage est une ombre sautillante ou empruntée, paradoxalement impudique : une figure inédite de la distraction. Les Iraniens en exil y reconnaissent la marque d’un humour propre à leur culture. Celui-ci se combine sans peine avec une esthétique de la performance. Le croisement constitue alors un genre inédit, improbable synthèse de Chaplin et de Beckett.

On pourra voir l'installation vidéo Me 2003-2008 dans le Vestibule de la Maison Rouge à Paris à partir du 9 avril jusqu'au 3 mai. Commissariat : Léonor Matet.