L'architecture y apparaît fragilisée, ruinée ou lacunaire, mais aussi reprise, ajustée, vivante malgré tout. On remarque à quel point le caractère standard des habitations peut faire réapparaître des motifs géométriques alors que les bambous se greffent et semblent remplacer les bâtiments défaits du modernisme par l'élégance du vernaculaire. Une sorte de continuité végétale du désastre historique. Les images se concentrent sur la présence envahissante des déchets, qui encombrent tellement l'espace public qu'ils le meublent, le tapissent, luttent avec la nature. Un plan serré sur une masse de composte se dresse devant vous, dense et pourtant fait de mille choses assemblées. Le désordre semble produire ainsi sa propre économie sédimentaire. A côté, l'artiste cadre une sous-pente où les plantes en pot et les récipients les plus modestes sont méticuleusement rangés, comme une réponse au chaos des rues. Au pieds des barres effritées d'immeubles, une vie s'est instituée. Certaines bâtisses isolées tiennent de la cabane, mais elles affirment une certaine fierté lacustre.

Vous ne trouverez qu'un seul personnage isolé dans cette exposition. Le portrait d'une jeune femme de profil, assise dans un fauteuil de rotin dont elle épouse la courbe élégante, et dont le regard silencieux résonne comme une promesse.

A noter : la SFP accueillera Anne-Marie Filaire le 7 janvier 2009 à la Maison Européenne de la Photographie.

Anne-Marie FILAIRE - PHNOM PENH PERIPHERIE - 2002 galerie Éric Dupont, 13 rue Chapon - 75003 Paris T. 33 1 44 54 04 14 jusqu'au 19 décembre.