À l’heure où les banques et les grands sièges de sociétés parent leur hall et leurs salles de réunions d’œuvres contemporaines, il serait aberrant qu’un lieu de savoir consacré à l’art présente le visage anonyme de la bureaucratie ! Accrochée dans le bureau vitrée de l’ingénieur d’étude Zinaïda Poliménova, à l’entrée de la documentation de Paris 1, La Table forme donc une invitation et est visible par tout visiteur. Cette image présente une vue en plongée sur une table rustique, entourée de six chaises. La verticale donne à la table un autre sens : la surface et l’ordonnancement forment une sorte de blason, voire même de masque primitif. Que l’on ne s’y trompe pas, l’apparente simplicité de l’image a nécessité des stratagèmes pour obtenir cette composition. Une boîte de papier fut construite autour du mobilier pour en régler l’harmonie lumineuse, un dispositif optique calculé pour négocier la contrainte du recul, un déclencheur artisanal pour opérer à distance. A peine accrochée, La Table s’est mise à vivre. La moindre variation de lumière a joué avec les surfaces de bois. Rappelons que les premières œuvres de Carole Fékété furent La Dînette et les Torchons (Prix HSBC, 2000) qui lui valurent quelques remarques amusantes, et notamment celle d’être une femme d’intérieur. Avec La Table, on ira plus loin, Carole Fékété est une femme intérieure.

Fiche technique : La Table, 2001-2003 Tirage couleur d’après négatif Format 210 x 176 cm Contrecollage sur aluminium Diasec mat Châssis de suspension

Illustration : DR