Place est également faite au texte avec l’idée de commander des nouvelles à des auteurs (bilingue français-anglais). Ainsi, sous le thème "France ô ma France", avec pour sous-titre: "Regarder la France – une réalité qui force l’interrogation, le doute: y a t il des signes, des images que nous ne savons pas lire?", on découvre une succession d’images dont le nom de l’auteur n’est pas donné (au nom du collectif cela va sans dire): pas de narration mais des évocations censées traduire une certaine perception d’un "mal" social et politique français. Paysage des périphéries, architectures des bâtiments collectifs, scènes de police, de manifestations, habitats précaires, monde du travail résumé à l’objet symbolique des fiches de présence, prière islamique dans la rue, corps déhanchée dans un club parisien… Au final, une certaine image de la jeunesse avec pour traduction stylistique le décalage.

L’événement est toujours à côté, nous ne sommes ni trop près ni trop loin, un peu de biais, ce qui n’empêche aucunement de toucher la cible. La recherche esthétique est affirmée, soit par le traditionnel noir et blanc expressionniste, soit surtout par la couleur, et la traduction d’un sujet journalistique (banlieue, chômage, etc.) en un genre iconographique (paysage, portrait, etc.). C’est de ce glissement dont il est question dans l’esthétique journalistique de L’Œil Public, ce que j’ai pu appeler ailleurs l’esthétisation du photojournalisme et sa transformation en objet culturel. Certes, on ne nous donne pas à voir ici le "grand style" des icônes qui font les beaux jours des ventes publiques d’images de reportage, on y voit plus d’expérimentations et donc de risques. Le principal intérêt de la revue est bien de regrouper les images autour d’un thème, presque à la manière d’un essai poétique, et de tenter de traduire un regard critique tout au long du numéro. La résonance de cette iconographie ainsi traitée avec l’époque est très forte, notre culture de l’ellipse visuelle (notamment née dans Libé) se marie ainsi avec la respectabilité de la photographie contemporaine indexée sur l’art contemporain, le tout produit un style encore difficile à caractériser. En revanche, on a la conviction devant de tels travaux, que l’image d’information ne peut plus être jugée à l’aune des seuls critères du journalisme. Ces images, encore hésitantes dans leur nature même, déjà réclament de nouvelles interprétations.