mardi 9 octobre 2007
Steichen, le musée et l’art dans un miroir
Par Michel Poivert, mardi 9 octobre 2007 à 13:23 :: Expositions
L’exposition consacrée à Edward Steichen achève la programmation qui avait été établie par Régis Durand avant de quitter le Jeu de Paume. C’est l’occasion de se rendre compte que la photographie dite "historique" habite particulièrement bien ce bâtiment et qu’elle y trouve une place que l’Hôtel de Sully ne peut pas toujours lui offrir. Quoi qu’il en soit, la manifestation organisée par la Foundation for the Exhibition of Photography et le musée de l’Élysée de Lausanne est particulièrement réussie, accompagnée au surplus d’un imposant catalogue.
Cette réussite tient avant tout au travail de recherche d’images peu connues du photographe, la partie de l’exposition qui se tient au rez-de-chaussée est consacrée à la période pictorialiste de l’artiste américain – entre 1900 et 1910 environ. Si la présentation est classique dans son désir de découper les périodes, la découverte de nombreuses épreuves d’une excellente qualité atténue l’affirmation du goût fine arts de l’exposition. Bref c’est l’art qui, sans conteste, gagne ici: Steichen dans ses jeunes années est un virtuose des procédés pigmentaires mais, au-delà des techniques, il est réellement inspiré par la possibilité de noyer le réel dans les matières. C’est l’absence de formalisme qui est le plus convaincant chez-lui: si les sujets restent secondaires, la sensualité est toujours au rendez-vous, les corps, les visages, la nature, ses fameux autoportraits sont toujours convaincants. Nul doute qu’Alfred Stieglitz tenait là, à côté de ce qu’apportera bientôt Alvin Langdon Coburn, un des meilleurs pictorialistes de la Photo-Sécession.