Avec la série intitulée "Les plis de la terre", Regina Virserius propose un ensemble de vues qui ne sont pas tout à fait des paysages bien qu’il s’agisse de nature. Cette nature dont on sait qu’elle est propice a créer des ressemblances (mimétisme) se trouve ici posée face à nous, dans une nudité qui semble interdire toute analogie. Les artistes et plus précisément les photographes ont été depuis un siècle et demi les principaux artisans d’une image de la nature. Ils ont accompagné sa conquête, sa transformation esthétique en paysage, ils ont même fait des outrages que l’homme lui fait subir une forme de poétique (zone, déchet, catastrophe écologique – on pense notamment à Lewis Baltz) ou bien à l’inverse ils ont tout ignoré de cela dans une pulsion de transcendance moderniste (Ansel Adams). On est, avec Virserius, tout autre part. Tout d’abord parce que sa culture comprend un intérêt fort pour le minimalisme et le land art. Partant, la nature est avant tout un lieu d’expérience et non de contemplation ou de compassion. La nature est bien plus un "matériau" comme l’ont été pour l’artiste les corps dans une récente série intitulée "Inflexion". Mais ce matériau est travaillé par le regard avec un parti pris optique fort, celui d’une forme de rapprochement à la limite de l’immersion, une sorte de distance très courte où l’on ne se sent pas "devant" un paysage, ni "dans" la nature mais sur une ligne de flottaison. Car les points de vue haut sont souvent orthogonaux face à la paroi, ou bien à l’aplomb du plafond nuageux. Plusieurs photographies cadrent le minéral si serré (et l’espace est immense) qu’aucune place ne reste pour le ciel, ce sont les plissés qui gouvernent; puis un ensemble déplace et monte le point de vue: les plissés se déploient en coulures qu’on dirait nées des fameuses expansions de César. Plus haut, de la fumée s’échappe et l’on pense à la célèbre image de Timothy O’Sullivan, enfin on s’élève toujours et l’on rencontre la nappe nuageuse puis on la dépasse. Notre rapport à la nature suit donc une verticale, classique dans ce qu’elle rappelle être une ascension physique et spirituelle. Mais la nature ici ne parle pas, et dans cet en deçà du langage elle est pleine d’une pensée magique. La masse nuageuse devient presque aussi sensible que les steams (vapeurs) s’échappant du sol des célèbres œuvres de Robert Morris, les épanchements minéraux font penser quant à eux à Robert Smithson. Ainsi la nature n’imite rien, car elle ressemble à de l’art, à l’art qui s’est, depuis deux générations, rapproché d’elle avec une empathie qu’aucune théorie n’est venue neutraliser. Regina Virserius dresse une sorte de pont entre ce que l’on peut faire avec la nature et ce qu’elle impose toujours émotionnellement. Cette série, si pleine d’une époque où le terme "écologie" résonne en tout sens, ressemble dès lors à une tentative de réconciliation.

- Exposition Regina Virserius, galerie Éric Dupont à Paris, à partir du 8 septembre (www.eric-dupont.com).
- Retrouver le site de l’artiste www.reginavirserius.com.
- Relire l’entretien de Regina Virserius avec Paul-Louis Roubert sur Vitevu.

Illustration: Plis#5 /2007, 110 x 135 cm, tirage jet encre sur papier Hahne Mühle.