C'est ainsi que nous ont rejoint dans cette aventure des proches de la Société française de photographie, Thierry Gervais, Clément Chéroux, Marie Chominot et Godehard Janzing, mais également Pierre-Lin Renié et Ulrich Keller. Tous ces chercheurs s'expriment dans le catalogue et certains ont été directement en charge de salles de l'exposition. Alors que verra-t-on mardi et de quoi s'agit-il? L'exposition présente cinq événements de l'époque contemporaine, soit du milieu du XIXe siècle à nos jours, montrant à travers une typologie comment l'événement se définit par l'imbrication des faits et de leur représentation pour générer un "moment historique". De la guerre de Crimée (1853-1856) où la photographie et le dessin sur le terrain sont relayés par la gravure et la presse illustrée et concurrencent la tradition de la peinture d'histoire en renouvelant le motif de la bataille: l'événement alors se démocratise. Lors de la conquête de l'air (avec la traversée de La Manche par Blériot en 1909), la Belle Époque consacre la figure de l'exploit technique et sportif, la presse mais aussi les premières actualités filmées rivalisent d'audace pour restituer la magie des vols qui bientôt ouvrent la voie au contrôle des airs : l'information se découvre alors les vertus d'un spectacle. A l'été 1936, les premiers congés payés proposent un autre type d'événement, celui qui se construit à travers une véritable propagande politique du bonheur : l'affiche, le film, les magazines, la photographie bien sur construisent l'événement sur le mode du mythe. 1989 : la chute du Mur de Berlin. Cette fois-ci l'histoire se vit en direct, non seulement parce que la retransmission télévisuelle le permet techniquement, mais parce que les acteurs de l'histoire conçoivent leur présent comme déjà historique et "jouent" véritablement l'histoire contemporaine devant les caméras. Enfin, l'attentat du 11 septembre 2001 offre le type même de l'événement à l'ère de la globalisation : la diffusion planétaire de cet acte propre à la guerre moderne réduit paradoxalement la diversité de son iconographie en réduisant le fait à quelques archétypes produits par l'économie des agences de diffusion d'image. En quelques salles, nous espérons ainsi offrir au spectateur l'occasion de réfléchir aux images qui, si elles changent rarement le cours de l'histoire, en font intimement partie.