Cette exposition a donc un caractère générationnel. On y trouve des photographes qui tous comprennent leur production personnelle comme des images dont la finalité réside dans la reconnaissance artistique; toutefois, et à la différence de la génération précédente qui a vécu un processus d’affirmation voire de légitimation artistique du médium photographique – et qui, pour sa meilleure part, a su laisser planer le doute sur cet horizon esthétique – les photographes présents dans "La région humaine" font l’expérience d’un héritage. Entendons par là que si rien ne s’oppose à reconnaître leur travail sur le plan artistique, en aucun cas ce statut ne suffit à définir leur pratique. Pour le dire autrement, les photographes présents dans "La région humaine" (mais ils sont plus nombreux, bien sûr) se confrontent à la question du contenu des images. Ils sont occupés à reformuler dans le cadre doré de la photographie contemporaine la question du sujet. Si l’on a beaucoup glosé sur la question du document, c’est parce qu’il s’agit depuis plusieurs années de reposer la question du contenu et de la forme qu’il peut prendre. Par "contenu", il ne s’agit pas de comprendre un message unilatéral mais bien une dialectique de la forme et du sens. Ce qui rassemble les photographes de "La région humaine" est bien leur propension a mettre en rapport le caractère d’évidence de l’image photographie – son «effet de réel» que la notion de document incarne – et la dimension factice de la mise en scène que contient tout travail réfléchi de l’image. On découvrira donc dans "La région humaine" une manière de grand théâtre photographique où l’homme prend place, où les images proposent des dispositifs de relation avec le spectateur ne reposant ni sur le voyeurisme ni sur l’autorité.