Le ministre a indiqué les missions de cette nouvelle instance qui est en charge d’une réflexion sur les problèmes que pose la photographie dans sa diversité afin de mettre en adéquation les idées et les expériences vécues par les acteurs. Les grands chantiers que constituent la protection des auteurs, la numérisation des collections, l’aide aux créateurs et le service public en matière patrimonial sont ainsi réaffirmés comme prioritaires. Le ministre a toutefois tenu à répondre par avance aux critiques qui ont été formulées concernant les conditions de conservation des donations photographiques faites à l’État. Il s’agit, selon lui, d’un mauvais procès auquel il est prêt à répondre point par point. Pour cela, il annonce avoir confié à un fonctionnaire du Patrimoine la réalisation d’une mission d’étude dont un rapport d’étape sera remis en avril prochain et dont les résultats seront connus en juin 2006. Les principaux responsables de collections publiques ont ensuite rappelé la richesse de leurs patrimoines et insisté sur leurs politiques de diffusion commerciale. Toutefois, si l'emploi des termes "récolement" ou "conservation" pouvait faire penser à l'ébauche d'un plan de travail, on en sera pour ses frais, puisque rien de tel n’est envisagé – seule la consultation des membres semble devoir initier tout engagement en la matière. La parole passe aux membres extérieurs qui, pour l’essentiel, ont fait valoir certaines doléances (la paupérisation du métier de photographe, le manque de moyens des directeurs de festival), auxquelles il a été répondu que le CSP était précisément créé pour que l’on puisse interpeller directement l’exécutif… Du côté des institutionnels, le maître-mot aura été "coordination": chacun est appelé à mutualiser les efforts (notamment financiers), afin de porter des projets d’ampleur internationale. A ce titre, Agnès de Gouvion Saint-Cyr, secrétaire du Conseil, tient toutefois à rappeler l’action de l’État à l’échelle internationale depuis de nombreuses années.

En coulisses, les représentants de l’État sont partagés. D’un côté, le doute persiste sur l’intérêt d’un tel organisme, de l’autre, on refuse de se laisser aller au pessimisme. On partagera en partie cette réaction, car les initiatives, bien que moins dotées ces dernières années, existent et se développent sur un mode nouveau, c’est-à-dire sans compter sur la tutelle financière de l’État. Ce dernier, de l’avis d’une source proche du ministre, n’ayant "plus un sou" pour aider comme on l’a fait si longtemps l’action culturelle dans le domaine. Les barons de la photographie se tournent même vers le pouvoir pour se faire ouvrir les portes des grands mécènes! A ce stade, on se surprend à penser qu’une nouvelle page d’histoire s’écrit, et que l’avenir est plutôt du côté de ceux qui ont compris que l’État, s’il reste de toute évidence un acteur, est moins un partenaire aujourd’hui que les régions, l’Europe ou les mécènes. Contacté à la suite de cette réunion inaugurale, le plus important d’entre eux dans le domaine nous confiait qu’il s’attendait à être encore plus sollicité demain. Quoique son nom n'avait pas été prononcé dans la salle des Maréchaux, ils étaient sans doute nombreux à penser à lui pour l’avenir de leurs projets.

Illustration: extrait de la série "Máze", 2005, photo, © et courtesy Céline Clanet.