Création du Conseil supérieur de la photographie
Par Michel Poivert, mardi 14 février 2006 à 00:00 :: Politique culturelle :: #38 :: rss
Le Conseil supérieur de la photographie (CSP) s’est réuni pour la première fois lundi 13 janvier dans les locaux du ministère de la culture, rue de Valois, sous la présidence de Renaud Donnedieu de Vabres. Créée par arrêté en date du 30 janvier 2006, cette institution remplace la Commission nationale de la photographie (créée le 13 octobre 1989). Elle compte seize membres de droit (les directeurs de l’architecture et du patrimoine, des archives de France, du Centre national de la cinématographie, du Livre et de la lecture, de la Direction des musées de France, du Centre national des arts plastiques, de l’association du Jeu de Paume, de l’École nationale supérieure de la photographie, de la Maison Européenne de la photographie, les présidents du Centre national d’art et de culture Georges Pompidou, de la Bibliothèque nationale de France, de l’Établissement public du musée d’Orsay, de la Société française de photographie, le délégué aux arts plastiques, l’administrateur général de la Réunion des musées nationaux et le chef de service de la médiathèque de l’architecture et du patrimoine), ainsi que quinze personnes qualifiées, dont six représentants des institutions photographiques territoriales (François Cheval pour le musée Nicéphore Niépce, Elisabeth Guimard pour le musée français de la photographie de Bièvres, Béatrice Didier pour le Centre régional de la photographie de Cherbourg-Octeville, François Hébel pour le festival des Rencontres internationales de la photographie de Arles, Jean-François Leroy pour le festival Visa pour l’Image à Perpignan et Marie-Thérèse Perrin pour le Printemps de Septembre à Toulouse), et neuf personnes choisies en raison de leur compétence dans le domaine de la photographie (Éric Delamare, président de l’Union des Photographes créateurs, Valérie Jouve, artiste, Martine Frank, photographe et présidente de la fondation Henri Cartier-Bresson, Michel Frizot, historien de la photographie, Jean-Pierre Changeux, président de la commission des dations, Chantal Soler, directrice adjointe d’agence photographique, Maryse Cordesse, présidente de l’association des amis Jacques-Henri Lartigue, Alain Paviot, galeriste et Bernard Utudjian, galeriste).
Le ministre a indiqué les missions de cette nouvelle instance qui est en charge d’une réflexion sur les problèmes que pose la photographie dans sa diversité afin de mettre en adéquation les idées et les expériences vécues par les acteurs. Les grands chantiers que constituent la protection des auteurs, la numérisation des collections, l’aide aux créateurs et le service public en matière patrimonial sont ainsi réaffirmés comme prioritaires. Le ministre a toutefois tenu à répondre par avance aux critiques qui ont été formulées concernant les conditions de conservation des donations photographiques faites à l’État. Il s’agit, selon lui, d’un mauvais procès auquel il est prêt à répondre point par point. Pour cela, il annonce avoir confié à un fonctionnaire du Patrimoine la réalisation d’une mission d’étude dont un rapport d’étape sera remis en avril prochain et dont les résultats seront connus en juin 2006. Les principaux responsables de collections publiques ont ensuite rappelé la richesse de leurs patrimoines et insisté sur leurs politiques de diffusion commerciale. Toutefois, si l'emploi des termes "récolement" ou "conservation" pouvait faire penser à l'ébauche d'un plan de travail, on en sera pour ses frais, puisque rien de tel n’est envisagé – seule la consultation des membres semble devoir initier tout engagement en la matière. La parole passe aux membres extérieurs qui, pour l’essentiel, ont fait valoir certaines doléances (la paupérisation du métier de photographe, le manque de moyens des directeurs de festival), auxquelles il a été répondu que le CSP était précisément créé pour que l’on puisse interpeller directement l’exécutif… Du côté des institutionnels, le maître-mot aura été "coordination": chacun est appelé à mutualiser les efforts (notamment financiers), afin de porter des projets d’ampleur internationale. A ce titre, Agnès de Gouvion Saint-Cyr, secrétaire du Conseil, tient toutefois à rappeler l’action de l’État à l’échelle internationale depuis de nombreuses années.
En coulisses, les représentants de l’État sont partagés. D’un côté, le doute persiste sur l’intérêt d’un tel organisme, de l’autre, on refuse de se laisser aller au pessimisme. On partagera en partie cette réaction, car les initiatives, bien que moins dotées ces dernières années, existent et se développent sur un mode nouveau, c’est-à-dire sans compter sur la tutelle financière de l’État. Ce dernier, de l’avis d’une source proche du ministre, n’ayant "plus un sou" pour aider comme on l’a fait si longtemps l’action culturelle dans le domaine. Les barons de la photographie se tournent même vers le pouvoir pour se faire ouvrir les portes des grands mécènes! A ce stade, on se surprend à penser qu’une nouvelle page d’histoire s’écrit, et que l’avenir est plutôt du côté de ceux qui ont compris que l’État, s’il reste de toute évidence un acteur, est moins un partenaire aujourd’hui que les régions, l’Europe ou les mécènes. Contacté à la suite de cette réunion inaugurale, le plus important d’entre eux dans le domaine nous confiait qu’il s’attendait à être encore plus sollicité demain. Quoique son nom n'avait pas été prononcé dans la salle des Maréchaux, ils étaient sans doute nombreux à penser à lui pour l’avenir de leurs projets.
Illustration: extrait de la série "Máze", 2005, photo, © et courtesy Céline Clanet.
Commentaires
1. Le mardi 14 février 2006 à 20:32, par Yves Lebrec
2. Le mercredi 15 février 2006 à 09:43, par Didier Roubinet
3. Le vendredi 17 février 2006 à 12:09, par Catherine Harmant
4. Le vendredi 17 février 2006 à 16:15, par Amir Casar
5. Le dimanche 5 mars 2006 à 08:33, par Yves Lebrec
Ajouter un commentaire
Les commentaires pour ce billet sont fermés.