En effet, ce fameux tournant du XIXe au XXe siècle a tour à tour passionné les spécialistes de l'instantané et de la pratique amateur, de la photographie scientifique, du pictorialisme, sans oublier la grande question du document avec Atget ou bien plus récemment les amusements photographiques! Quelle place restait-il à prendre dans ce concert savant? Lucie Goujard a démontré dans sa recherche à quel point la tentation d'inventer une édition littéraire illustrée par la photographie participe de ces utopies 1900. Certes, comme elle le raconte bien, c'est moins là une success story qu'un échec esthétique et économique, mais la tendresse particulière qu'il nous est permis d'accorder aux "vaincus" rend cette histoire particulièrement passionnante... Plus sérieusement, l'étendue de l'enquête de Lucie Goujard nous apprend énormément sur l'édition de cette époque, l'importance des réseaux amateurs et la profondeur des enjeux théoriques d'une photographie théâtrale alors à la mode. Si le roman illustré, notamment par Magron, n'a pas à l'époque trouvé son public, on pariera sans prendre trop de risques que cette phase expérimentale de l'édition illustrée, qui a connu une postérité remarquable dans le roman photo, sera remis à l'honneur par les historiens de la culture d'ici peu. Lucie Goujard méritait bien, pour tout cela, la brillante mention qui lui a été attribuée, avec les félicitations à l'unanimité de son jury.

Illustration: Magron, ext. "Le curé de Bénizou" de Georges de Cavilly, ed. Gauthier-Villars, 1895.
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