Bill Gates a acheté une archive photo de dix millions d'images. Il voulait toutes les numériser, mais il y avait un problème: il fallait des mots pour pouvoir ranger les images. Les images avaient besoin de descriptions, de caractérisations, il leur fallait un intermédiaire humain pour que les ordinateurs puissent ensuite les retrouver. Alors Gates laissa tomber cette collection; il prit quelques photos et mis le reste dans une mine de sel de Pennsylvanie. Il faut un oeil humain pour voir quelque chose sur une photographie…

Robert Capa (…) a dit une fois qu'on ne pouvait pas photographier la guerre. En 1951, Picasso réalisait son célèbre Massacre en Corée. J'ai vu ce tableau en 1981 lors de la grande rétrospective Picasso à New York. Et là j'ai compris ce qu'était cette image: une réponse de Picasso à la photographie. La peinture montre les corps des victimes dans la perspective des balles. Aucun photographe n'aurait pu prendre une image comme celle-là, car un photographe doit se tenir aux côtés des soldats, faute de quoi il sera tué lui aussi. Mais un peintre peut se tenir du côté des victimes comme du côté des soldats. C'est ce qui fait sa supériorité…

Traduit de l'allemand par A. Gunthert.
Source: "Die Fotografie ist am Ende", propos recueillis par Amelie von Heydebreck et Florian Illies, Monopol, Magazin für Kunst und Leben, n° 6, décembre 2006, repris par: Spiegel Online, 7 décembre 2005 (thanks to Ruth Goebel, Fotostoria).